vendredi 14 novembre 2008

Economie : Le Maroc face à la crise internationale ; Impact sur les différentes composantes de l'économie nationale.

I. La crise financière :


1. Une politique monétaire très souple permet l’apparition des subprimes :

Dans les années 1990, la politique monétaire très souple - c'est-à-dire des taux d'intérêt très bas - menée par le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, avait conduit à la formation d'une bulle spéculative à la Bourse de New York, notamment sur les valeurs Internet. Celle-ci avait fini par éclater au printemps de l'année 2000. Après ce krach, la politique monétaire a de nouveau été assouplie pour permettre à l'économie américaine de se relever. Après les attentats du 11 septembre 2001, les taux d'intérêt ont même été abaissés à 1 %. Cette réduction du coût de l'argent a certes permis de stimuler la consommation des ménages américains, leurs achats de logements et les investissements des entreprises. Mais elle a aussi permis aux financiers de multiplier les mécanismes d'emprunts de plus en plus sophistiqués et de plus en plus audacieux.
Depuis 2002, un nouveau crédit apparait: les prêts à surprime dits "subprimes". Les subprimes sont des prêts gagés sur le logement dont le taux d’intérêt est variable : bas au début pour attirer les emprunteurs, mais devient assez vite très élevé en fonction de la valeur du bien immobilier. Plus la maison a de la valeur, plus le taux est bas. Inversement, quand la maison perd de la valeur, le taux d'intérêt grimpe. En contrepartie les critères d'attribution sont moins stricts. Pour les créanciers (banques et organismes de crédit spécialisés), les subprimes étaient considérés globalement sûrs et rentables. Cette perception reposait sur une hausse rapide du prix de l'immobilier. Si un emprunteur ne pouvait payer, le prêteur récupérait son logement et le revendait.
Les banquiers ont donc octroyé des crédits immobiliers à des ménages aux revenus très modestes en calculant leur capacité d'emprunt sur la valeur de la maison achetée. Tant que les prix immobiliers progressaient ce système fonctionnait. Mais Lorsque le phénomène prend de l'ampleur et touche un grand nombre de ménages, la vente de leurs biens immobiliers entraîne l'effondrement de la valeur de ces biens.
"Les crédits ont agi comme des stéroïdes pour doper la croissance américaine. Mais il y a eu overdose. L'Amérique est aujourd'hui en cure de désintoxication", explique Joseph Stieglitz, économiste, Prix Nobel d'économie en 2001.

2. L’effondrement du marché d’immobilier constitue le début de la crise de 2007 aux Etats Unis :

Le marché immobilier américain s’effondre depuis le début de l'année 2007. Les ménages n'ont plus les moyens de rembourser leurs crédits, ce qui provoque la faillite des établissements prêteurs, qui n'ont plus pu se rembourser. Car même en saisissant la maison, celle-ci a désormais une valeur inférieure à celle de départ. Et ce n'est que le début du mécanisme de contamination. Les banques sont à leur tour touchées. Celles-ci avaient été nombreuses à investir dans ces établissements prêteurs, véritables mines d'or lorsque le marché immobilier était en bonne santé. Mais aujourd'hui, les fonds investis sont partis en fumée.

3. La crise se propage dans le monde entier a cause de la titrisation, début de la crise de confiance :

Pour tenter de limiter les risques des subprimes les banquiers ont eu recours à la titrisation. Ils ont transformé ces emprunts en titre sur les marchés boursiers. Concrètement, les banques ont émis des titres de dette, c'est-à-dire un papier donnant droit aux dettes. Ces titres de dette se sont échangés sur les places boursières.
Quel est l'intérêt pour les acheteurs de ces titres ? Si l'acquéreur achète par exemple un titre de 1200 euros à 1100 euros, il sait qu'il a la garantie de recevoir 1200 euros. Or, à partir du moment où celui qui doit rembourser l'emprunt pour l'achat de sa maison ne peut plus payer, le titre n'a plus aucune valeur. Ce sont ces montages financiers complexes qui expliquent la chute de la bourse car toutes les banques étrangères, notamment européennes, se sont aperçues qu'elles possédaient des titres de subprimes qui ne valaient plus rien. Tout le monde en avait mais personne ne savait vraiment combien.
De grands établissements bancaires, comme BNP-Paribas en France ou IKB en Allemagne, ont perdu une bonne partie de leurs placements dans la crise des subprimes américains en 2007. Toutes les banques du monde étant liées par des accords financiers, la crise se propage très vite jusqu'en Asie à l'été 2007. Par ailleurs, l'annonce de la faillite de plusieurs banques outre-Atlantique a provoqué une crise de confiance sur les marchés financiers européens.
Les banques se soupçonnent les unes les autres d'être contaminées par la crise des subprimes et refusent par précaution de se prêter de l'argent. Si bien que, rapidement, certains établissements bancaires ont manqué de liquidité. Afin de pallier ce manque de liquidité, certains établissements bancaires n'ont plus qu'une seule solution : vendre leurs actions et obligations. Réagissant en nombre et sur un cours laps de temps, ces banques provoquent donc une chute brutale des valeurs boursières : l'ensemble des places boursières européennes dévissent, suivies de près par les bourses asiatiques.

4. Système bancaire au bord de l'asphyxie, seule une intervention des banques centrales apparaît comme une solution à cette tempête financière :

La banque centrale est la banque des banques dont le rôle le plus important est de refinancer les banques. L'ensemble des établissements bancaires possèdent un compte à la banque centrale. Celle-ci contrôle la création de monnaie. Lorsqu'une banque privée n'a plus assez de liquidités, elle peut s'en procurer directement à la banque centrale. C’est alors que la banque centrale prend à son compte les titres de créances de la banque privée et lui fournit en échange de la monnaie. En d'autres termes, les remboursements des créances iront directement sur les comptes de la banque centrale, en contrepartie des liquidités prêtées. Les banques centrales américaine (FED) et européenne (BCE) ont décidé d'injecter des liquidités dans le circuit monétaire afin de permettre aux banques privées de se renflouer, mais aussi d'éteindre la crise sur les places boursières. La dimension psychologique est très importante sur les marchés. Si les investisseurs ont de nouveau confiance, ils achètent et la situation se stabilise. Si au contraire, ils se mettent à vendre c'est l'effondrement.
Cependant cette monnaie injectée par la banque centrale n'existe pas : c'est elle qui la crée. Cette création de monnaie doit être continue pour être sans effet. Mais lorsque la banque centrale crée massivement de la monnaie, elle favorise l'augmentation des prix, l'inflation. Pendant l'été 2007, en seulement deux semaines, les banques centrales des pays les plus riches de la planète ont créé plus de 300 milliards de dollars pour que le marché monétaire et les places boursières relèvent enfin la tête un peu partout dans le monde. La Bourse de New York et la bourse européenne finirent par clôturer en hausse.

5. La panique gagne les marchés financiers en 2008 :

Une fois que la crise des subprimes est bien identifiée, que les banques ont revendu ces titres à risques, la crise financière était sur le point de se terminer après un dernier soubresaut fin 2007. Mais la crise est repartie de plus belle en février 2008 quand les banques ont arrêté leurs comptes annuels. Les pertes se sont avérées plus importantes que prévu : les pertes d'actifs se sont montées à plusieurs dizaines de milliards de dollars pour certaines banques. C'est le cas de Citibank, qui était la première banque mondiale jusqu'à cette crise. Dès lors, la crise financière qui était d'abord une crise bancaire va se transformer en krach boursier. Les banques ont alors des pertes colossales, et comme en 2007, peinent à trouver des liquidités et ne se font plus confiance. Le marché interbancaire se grippe donc à nouveau et les valeurs boursières chutent en quelques semaines. Par exemple, AIG (numéro 1 de l'Assurance) a perdu 45% de sa valeur en une semaine et 79% sur un an. Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires de Wall Street, a perdu 45% de sa valeur en une seule journée et 94% sur un an. Jamais des chutes aussi vertigineuses n'avaient été constatées depuis la crise de 1929.

6. Tentative de sauvetage à coût de centaines de milliards :

Les banques centrales et les Etats tentent de venir en aide aux établissements les plus fragiles pour éviter des faillites qui auraient des conséquences très importantes sur l'économie réelle.

- Les banques centrales injectent de nouveau des liquidités pour que ces banques puissent emprunter. Mais cette solution a des limites : la création monétaire doit être fortement encadrée sinon, il y a un risque très élevé d'inflation.

- Les banques centrales récupèrent à leur compte les titres dépréciés. C'est ce qu'a fait la banque centrale américaine en mars pour sauver la banque d'investissement Bear Stearns, en récupérant 29 milliards d'actifs toxiques, et faciliter sa reprise par une autre banque JP Morgan. Là encore, cette solution a des limites. La banque centrale américaine ne peut effacer d'un seul coût des milliards de perte pour chaque banque en difficulté.

- Le gouvernement américain tente de sauver certains établissements pour éviter un effondrement de tout le système bancaire. Par exemple, Freddie Mac et Fannie Mae, deux géants américains du crédit hypothécaire, ont été placés sous la tutelle du gouvernement qui a dépensé des centaines de milliards de dollars pour sauver ces deux établissements. Seulement, le gouvernement américain ne peut sauver toutes les banques en difficulté : d'abord parce que cela coûte des milliards de dollars, et ensuite parce que cela donnerait de très mauvais signes aux marchés financiers, qui auraient l'impression de bénéficier d'une certaine impunité. Voilà pourquoi le Trésor américain a refusé de voler au secours de la banque Lehman Brothers, qui a donc fait faillite.


II. Approche des impacts probables sur les différentes composantes de l’économie nationale :


En ce qui concerne le Maroc, le système bancaire n’a pas été touché par la crise. En effet, les banques marocaines sont peu exposées aux crédits ‘subprimes' du fait que les marchés marocains n'ont pas encore goûté à ces produits sophistiqués, car, nous avons un secteur financier et bancaire déconnecté de la sphère internationale. Et pour cause. D’un côté, même les banques qui ont une présence à l’étranger ne prennent pas de risque. En Europe, elles n’agissent qu’à travers des annexes servant à collecter l’épargne alors qu’en Afrique, elles opèrent seulement en tant que banques classiques de dépôt. D’un autre côté, le Maroc peut se targuer aujourd’hui d’avoir réussi l’assainissement de ses banques, notamment celles ayant un caractère public ou parapublic. Un pas qui a conduit à une baisse sensible des créances en souffrance et à une solidification de leur assise financière. Ceci en plus de la réforme dont a fait l’objet Bank Al Maghreb et qui a permis de renforcer ses missions de contrôle et de supervision, mettant par ricochet les banques marocaines à l’abri d’une quelconque fragilité. Toutefois, une telle crise ne manquera pas d’avoir des conséquences directes sur de nombreuses filières de l’économie nationale.

1. Tourisme :

Le premier poste à supprimer en période de crise est incontestablement celui des loisirs. Et le voyage arrive en tête de liste. Le Maroc ne peut pas maintenir la cadence des arrivées de ces dernières années. Le secteur est le plus exposé vu ses interactions directes avec l’étranger. Il est même admis que les effets de la crise déteindront sur les objectifs de 2010. Plusieurs projets ont été gelés du fait que certains partenaires étrangers, ont vu leur action perdre une grande partie de leur valeur sur les marchés financiers internationaux. D’ailleurs, le Maroc n’échappera pas à la règle : les établissements d’hébergement haut de gamme, qu’ils se trouvent en Europe ou en Asie, connaîtront une décote en termes de recettes. Il en ressort que pour le tourisme de luxe, il est aisément envisageable un recul significatif. Les effets de la crise sur les recettes se traduiront par une baisse des résultats, de 10 à 15%. Résultat, transport, hébergement, restauration, artisanat et autres services sont des pans entiers de l’activité économique qui souffriront d’une contraction plus que probable. Les pouvoirs publics semblent prendre leurs responsabilités, même si les actions qu’ils envisagent de lancer laissent sceptique. Du côté du ministère, on affirme que les «préparatifs» pour contrer ce contexte sont lancés depuis une année. Par ailleurs l’activité touristique était déjà passée dans le rouge avant la crise. Les problèmes venaient des pays d’Europe, à travers des phénomènes qui diffèrent selon les marchés. Si on veut tout de même mettre une note d’optimisme au tableau, c’est la diversification dont jouit déjà l’offre marocaine qui pourrait changer la donne.

2. Immobilier :

La récession fortement ressentie à l’international ne tardera pas à déstabiliser ce secteur apparenté jusque-là à une machine à cash. Certes, nombreux sont ceux qui soutiennent que seul le segment du luxe sera impacté, mais en extrapolant, la vigilance devra tout de même être de mise, même là où le risque semblait atteindre le degré zéro. Prenons d’abord le cas le plus exposé, celui dont la demande est formulée essentiellement par la clientèle étrangère, et donc par une frange de la clientèle dont les pays d’origine sont aujourd’hui en crise. Selon des statistiques non officielles, ce segment représente moins de 10% du volume des transactions globales. Beaucoup de promoteurs ont misé sur ce segment. Pour ces promoteurs, le coup sera très dur à encaisser. Mais consentons quand même qu’il ne s’agit que d’une portion négligeable par rapport au gros du marché. Ce dernier est représenté par la demande nationale, elle aussi exposée indirectement aux effets de la crise internationale. Par quel biais ? Les entreprises exportatrices, verront leur activité baisser. Leur première réaction sera de procéder à des licenciements économiques, mettant en péril la demande intérieure. Les promoteurs ont donc eu raison de multiplier les réunions ces dernières semaines à une cadence quasi-quotidienne.

3. Marché financier :

Le gouverneur de Banque El Maghrib Abdellatif Jouahri a annoncé que l’économie marocaine reste à l’abri de la crise qui sévit actuellement sur les grandes places financières mondiales. Même s’il a tenté de nuancer ses propos, en relevant la nature des relations qui lient notre système financier à celui des pays touchés par la crise, notamment européens, son message de prudence laisse présager le pire.
Pour l’instant, depuis quelques semaines, le marché est en déconnection, une ambiance d’attentisme général. Concernant le secteur bancaire, les analyses divergent quant à l’impact de la crise financière sur le Maroc. Pour les uns, les institutions nationales n’ont pas à craindre ses effets. D’autres sont convaincus que le Maroc n’y échappera pas à moyen terme, et ce, en raison de la nature même des tours de table des banques marocaines. 4. Marocains Résidants à l’Etranger : Le témoignage de Karim Tazi, patron de Richbond. «Nous avons réalisé un été décevant. Cette saison de forte consommation a été spécialement médiocre, les MRE, qui représentent une clientèle de marque pendant les mois de juillet et août, n’ont pas dépensé cette année». Tazi n’est pas le seul à faire ce constat. Dans le secteur de l’immobilier, toutes les prévisions de vente pendant les vacances d’été sont tombées à l’eau. Le nombre d’achats opérés ont été nettement en deçà des espérances. Certains MRE seraient même en train de vendre leurs biens immobiliers au Maroc pour répondre à des besoins de liquidité de plus en plus pressants dans leurs pays d’accueil.
Qu’en est-il des transferts d’argent ? En fin juillet 2008, ils ont été de 32,5 milliards de dirhams, en hausse de 5% par rapport à la période de l’année précédente. Une tendance qui promet de s’affaiblir au vu de la baisse du pouvoir d’achat dans les pays d’accueil. De la même manière que les ménages européens sont touchés par la crise du pouvoir d’achat, les MRE seront amenés à revoir le lieu de dépense de leur ressource, ainsi, toutes les activités liées aux dépenses des MRE, notamment celles produisant des biens finis de consommation mais aussi celles liées à la construction de logements, connaîtront un net fléchissement.

5. Textile et habillement :

L’heure est grave chez les textiliens qui arrivent à peine à résister à un marasme économique installé depuis plusieurs mois. Nul doute que la crainte atteint son paroxysme dans un contexte où la situation des marchés émetteurs est préoccupante. C’est que ces opérateurs économiques savent bien ce qu’une crise économique peut provoquer comme dégâts et ce, pour en avoir fait les frais à de nombreuses reprises. Malgré cela ils se trouvent incapable d’agir face à cette situation internationale qui s’empire de jour en jour, et se contentent d’installer un système de veille et de réagir au coup par coup comme le précise Mohamed Tamer président de l’AMITH.

Si la crise financière internationale continue, des impacts sont à craindre concernant l’économie nationale. Quant à la question de savoir quand exactement le Maroc sera frappé par les effets induits de cette crise, la réponse est plutôt délicate. «Tout dépend de la durabilité de la crise, si les plans de relance parviennent à faire redémarrer les économies américaines et européennes ou non», pense Larabi Jaïdi, économiste. Tout le monde sait que nous dépendons pratiquement à 70% des pays européens. Or, les Européens vont sans doute voir leur pouvoir d’achat réduit, ou auront tout simplement par anticipation d’une aggravation de la crise. L’effet psychologique est donc un paramètre essentiel à prendre en compte, bien au-delà des différents plans de relance.


Bibliographie internet:

http://www.linternaute.com/
http://www.lematin.fr/
http://www.lemonde.fr/
http://www.leconomiste.com/
http://www.challengehebdo.com/
http://www.lematin.ma/
http://www.wikipedia.com/
http://www.politique.ma/

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
Personnellement j'ai trouvé la conférence bien organisé: réception des élèves, les hôtes "Men In Black" hehehe... J'ai bien aimé tout ça. Félicitations aux élèves organisateurs!!! Mais le sujet de la conférence était vraiment désintéressant. Certes, c'est un événement récent d'un impact mondial, mais il reste en quelque sorte dépassé. On en parle partout (TV, Internet, Presse, Epicerie d l7awma, ...). C'était délirant de voir l'invité entrain de lire des idées qu'il a tiré du net... C'était plutôt une séance de lecture-écoute qu'une conférence!!!

Ecole Hassania des Travaux Publics a dit…

Merci déjà de donner ta remarque mais il faut quand même savoir que même s'il s'agit d'un sujet d'actualité, les gens restent pris par le cours des événements sans faire attention aux origines de la crise financière... Sachant d'où vient le problème, on pourra rapidement y remédier et éviter de comettre de telles erreurs une seconde fois... Ceci d'une part. D'autre part, il faudra savoir que l'invité ne s'est pas contenté de lire des articles tirés du net mais il s'est basé sur son expérience et sur son sens d'analyse qui lui ont permis de cerner le sujet de tous les côtés et de nous l'expliquer de la manière la plus simple possible... Tout de même, j'espère que les prochaines conférences t'intéresseront... A plutard.